No code : solution miracle ou buzzword marketing ?

No code : solution miracle ou buzzword marketing ?

No code, la tendance du moment

Certains éditeurs conçoivent des solutions pour répondre à un besoin très précis. On utilise Zoom ou Google Meet pour la visioconférence, Agorapulse ou Buffer pour gérer les réseaux sociaux, GTmetrix ou Lighthouse pour mesurer la vitesse de son site web… Pour aller plus loin, certains outils misent sur la flexibilité. Trello est un bon exemple : ce service de gestion de projet, apprécié par de nombreux professionnels, dispose d’une interface conçue pour s’adapter à de très nombreuses méthodes d’organisation.

Mais depuis quelques années, des éditeurs vont beaucoup, beaucoup plus loin : ils basent entièrement leurs applications sur cette notion de flexibilité, en proposant des solutions capables de s’adapter encore plus largement aux besoins des utilisateurs. La promesse est la suivante : “utiliser nos solutions vous permet de vous passer d’un développeur”. Il suffit bien souvent d’apposer une étiquette No code sur la plaquette de son application pour réussir à la vendre à de nombreux professionnels du web.

Des interfaces WYSIWYG aux applications no code

Si la couche marketing no code est relativement nouvelle, la promesse associée ne l’est clairement pas. Dès les années 1970, des programmes ont privilégié l’affichage du rendu attendu plutôt que des fragments de code ne pouvant être compris que par les informaticiens. Bravo (1974) est ainsi considéré par beaucoup comme le premier éditeur WYSIWYG, pour What you see is what you get. Depuis, ces solutions n’ont cessé de s’étendre, des éditeurs de texte aux outils pour concevoir des sites web sans coder.

On pense bien sûr à GeoCities dans les années 90, ainsi qu’aux CMS complets comme Drupal, Joomla, Dotclear et WordPress qui sont apparus dans les années 2000. Depuis bientôt 20 ans, ils permettent aux profils non-techniques de créer et alimenter un site internet. Les utilisateurs peuvent paramétrer un menu, des modules spécifiques et ajuster la mise en page de leur site web sans faire appel à des compétences techniques. La popularité de WordPress a d’ailleurs poussé des entreprises à concevoir des outils puissants pour construire des sites basés sur le CMS d’un simple drag-and-drop : on pense aux page builders comme Divi ou Elementor, qui font fureur dans les petites entreprises et auprès des services marketing.

La tendance no code peut être considérée comme une simple extension de ces propriétés à un ensemble de solutions plus varié. Depuis plusieurs années, on voit fleurir des outils no code qui répondent à de nombreux besoins marketing : créer un chatbot, scraper des données, automatiser des tâches et même concevoir des applications mobiles – le tout, sans coder, évidemment. Des plateformes vont même jusqu’à proposer des outils pour concevoir ses propres services no code, comme Bubble. Mais le principe reste le même, depuis bientôt 50 ans : un éditeur met à disposition un outil permettant à un profil non-technique de créer facilement une solution qui embarque, à première vue, une complexité technique spécifique.

Pourquoi le no code attire les utilisateurs

Si la promesse n’est pas nouvelle, elle attire fortement les professionnels aujourd’hui. Plusieurs raisons viennent expliquer l’engouement palpable autour du no code.

  • Les progrès de l’informatique, car la flexibilité des solutions no code s’appuie généralement sur des technologies modernes.
  • L’état d’esprit d’ouverture de beaucoup d’éditeurs d’applications, qui nouent des partenariats ou facilitent les connexions entre les outils (API). En résulte d’ailleurs tout un marché de solutions d’automatisation comme IFTTT ou Zapier…
  • Les tensions sur le marché du travail des développeurs : les entreprises éprouvent des difficultés à recruter et les salaires sont élevés.
  • L’efficacité de certains concepts comme le marketing automation et la promesse des gains de temps associés pour pouvoir se concentrer sur des tâches stratégiques à plus forte valeur ajoutée. L’automatisation est une tendance de fond, on cherche bien souvent à se passer d’actions humaines pour changer d’échelle (scale).
  • Les solutions no code offrent une certaine indépendance aux profils non-techniques, qui apprécient bien souvent de “pouvoir faire eux-mêmes” en s’affranchissant des contraintes inhérentes aux organisations. Ces freins peuvent être liés à la rigidité des entreprises, à des intérêts pas parfaitement alignés entre certains services et la direction, ou aux incertitudes sur la valeur ajoutée d’une solution technique.
  • Les outils no code open source ou utilisés massivement bénéficient généralement d’un support réactif et performant, permettant de limiter les bugs et les failles de sécurité. L’utilisateur conçoit dans un cadre prédéfini : cette contrainte recentre la maintenance autour de problématiques bien souvent déjà connues par la communauté d’utilisateurs ou par les fournisseurs de la solution no code.
  • La nécessité d’accélérer le time-to-market et prouver rapidement la rentabilité supposée d’un projet (POC) dans un contexte économique qui laisse généralement peu de place à la concurrence. Sur le secteur du numérique, la règle du winner-takes-all est bien souvent vérifiée et arriver avant ses concurrents constitue un avantage stratégique.

Les tensions économiques qui résultent de la crise sanitaire devraient intensifier la tendance no code, en renforçant l’intérêt d’un time-to-market toujours plus court, et parce que ces outils permettent de limiter les investissements financiers et humains.

No code et low code

Le développement d’outils no code ne doit rien au hasard, et nous l’avons vu : de nombreux éléments alimentent cette tendance. Bien évidemment, le no code n’est pas la solution ultime et de nombreux inconvénients viennent contrebalancer ses avantages. Ses propriétés limitent de facto les possibilités techniques : si vos besoins sont très spécifiques, vous ne trouverez pas forcément une application no code satisfaisante. Si vous souhaitez maîtriser votre environnement (développement, hébergement, accès…), s’appuyer sur un outil no code n’est peut-être pas adapté. L’usage d’une solution no code renforce aussi la dépendance à d’autres sociétés, qui peuvent décider d’augmenter leurs tarifs, déprécier des fonctionnalités… ou tout simplement disparaître.

Le low code tente de répondre aux limitations techniques du no code, en permettant aux utilisateurs de développer leurs propres composants ou d’enrichir les possibilités techniques. Concrètement, grâce aux plateformes low code, les développeurs gagnent du temps et les profils marketing qui disposent d’une double-compétence technique vont un peu plus loin.

Les développeurs sont morts, vive les développeurs !

Le no code et le low code vont-ils tuer les développeurs ? Non, tout comme les réseaux sociaux ne tueront jamais le SEO. Encore une fois, la promesse du no code n’est pas nouvelle et il suffit d’observer les tensions sur le marché du travail pour voir que les développeurs ont bien survécu à l’arrivée des interfaces WYSIWYG dans les années 1970.

En revanche, pour que leurs compétences fassent la différence face aux outils no code, ils devront soit disposer d’une expertise de pointe, soit être en mesure de maîtriser l’architecture globale de projets complexes pour apporter une vraie plus-value aux entreprises. On en revient toujours aux choix de carrière du développeur, entre spécialisation et prise de hauteur.

Et bien que la tendance du no code soit incontestable, ces outils standardisés sont encore loin de répondre à la variété de problématiques rencontrées par les entreprises au quotidien… Pour le plus grand bonheur des ingénieurs, qui disposent encore – et pour longtemps – d’une valeur ajoutée évidente pour les recruteurs.

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